Démarche artistique
Véronique Nicaise TERRIENNE pratique l’art de la céramique parce qu’elle aime profondément transformer la matière première de ses mains. Son geste s’ancre dans un dialogue avec l’argile. Utilitaire ou sculpture, son savoir-faire artisanal et sa vision artistique s’unissent à part égale dans une même intention, brisant les conventions établies entre art et artisanat.
Ses pièces évoquent des morceaux de territoires, des réminiscences sous-marines. Elle nous embarque dans des géologies inventées, des formes d’organismes vivants qui, bien qu’imaginaires, nous paraissent familiers.
Dans ses sculptures, elle adopte une approche plus instinctive guidée par une connaissance empirique des argiles. En observant leurs réactions, elle explore la terre sous toutes ses formes : sèche, en pâte ou liquide. Dans son atelier, rien ne se perd : tout devient matière à expérimenter. Ses idées naissent en travaillant. La terre, l’eau, l’air et le feu sont ses partenaires de création. Chaque élément inscrit sa marque : fissures, craquelures, textures ou reliefs.
Une question l’obsède : comment se rapprocher au plus près des formes naturelles ? Il ne s’agit pas de représenter la nature, mais d’en traduire la vitalité.
Ses recherches s’articulent autour des mouvements du vivant, la rotation des planètes, la circulation de l’eau et la façon dont ces dynamiques influencent la transformation de la matière.
Ses mains accompagnent la terre plus qu’elles ne la façonnent. Avec les outils de son atelier, elle reproduit l’érosion, la rotation, la sécheresse, en mouillant, tournant, séchant… Ces actions sont génératrices de formes et, en les reproduisant, elle développe un langage plastique propre.
Elle joue beaucoup avec les contraires. Les tensions générées entre fragilité et force, résistance et résilience, luminosité et obscurité, stabilité et mouvement parlent de ce qui, en chacun de nous, résiste, se fissure, de ce qui nous rend infiniment vivants.
Le spectateur est invité à une lecture sensorielle de l’œuvre. Son regard cherche des repères dans son imaginaire ou dans sa mémoire. Des sensations de « déjà-vu » surgissent. Là où la matière devient miroir, la céramique révèle notre lien intime au monde.
Biographie
Née en 1972, Véronique Nicaise grandit en Belgique, dans le Borinage, une région marquée par son passé ouvrier minier. C’est auprès d’une potière, vivant au rythme des saisons et du fait main, qu’elle découvre l’argile. Elle y façonne son premier bol, qu’elle conserve dans son atelier. Témoin tangible de sa première rencontre avec la matière, il porte l’empreinte de l’atmosphère d’un lieu où le temps s’accorde avec la terre.
À l’adolescence, elle s’installe à Bruxelles et s’imprègne de la diversité culturelle de la capitale. À contre-courant, elle choisit la céramique comme voie artistique, à une époque où ce médium est délaissé par les étudiants. Elle s’initie aux gestes traditionnels tout en explorant la dimension sculpturale de la matière.
« Je vais juger ta technique, mais le côté cœur je ne le note pas ». Ces mots d’Antonio Lampecco, son parrain et jury de fin d’études, lui transmettent un héritage précieux : le goût du travail bien fait et le profond respect de la liberté créatrice de chacun.
Diplômée de l’école supérieure d’arts Le 75 et titulaire d’un titre pédagogique, elle conjugue pratique artistique, accompagnement de personnes fragilisées, mène des projets culturels mêlant art, artisanat et environnement.
Avide de découvertes, elle approfondit ses connaissances en explorant les multiples facettes de la céramique. Cuissons au feu, techniques traditionnelles et procédés contemporains s’entrelacent, nourrissant progressivement son langage plastique.
Des artistes tels que Giuseppe Penone ou Claudi Casanovas sont pour elle des repères. La terre, l’eau, l’air et le feu deviennent des partenaires actifs du processus créatif, l’invitant à explorer les forces des phénomènes naturels et l’écho qu’ils suscitent en chacun de nous.
A 45 ans, elle ouvre son atelier TERRIENNE, affirmant pleinement son identité de céramiste, son lien profond à la terre et à la condition humaine. Ses œuvres évoquent des formes que l’on croit reconnaître : fragments de paysages, parois rocheuses, réminiscences marines, insectes ou structures végétales.
Aujourd’hui, elle partage son temps entre son atelier et la transmission de son métier. Son travail est régulièrement présenté lors d’expositions collectives ou dans des manifestations professionnelles dédiées à la céramique, telles que le Marché de Céramique Art Andenne en Belgique ou le Marché de potiers de Bandol en France.









